22 juin 1944


Une rue de Barjac porte le nom de ce héros modeste de la guerre d'Espagne et de la résistance gardoise .Bagnols, où  il habitait ne lui a jamais rendu hommage...trop rouge?

Le débarquement de Normandie est encore en danger de refoulement. Ordre est donné à toute la résistance de passer à l'offensive pour immobiliser les troupes d'occupation et éviter qu'elles ne viennent renforcer celles qui veulent contrer les Anglo-Saxons. 
Le camp numéro 5  dit "Stalingrad" des francs tireurs et partisans français FTPF, logé entre Barjac et Orgnac , dirigé par Louis Ferri (capitaine Jacques Lemercier) occupe Barjac , Saint-jean-de-Maruejols ,Vallon, Auzon avec d'autres maquis,dont celui de Panissière ("Bayeux")
Avec une centaine d'hommes Jacques sera maître de Barjac durant trois jours occupant la mairie, le bureau de poste, la perception. 
Les waffen SS et la milice sont chargés de nettoyer la résistance partout en Cévennes.
Leur tactique est de se faire passer pour des résistants. Ils en adoptent les vêtements, fréquentent des bistrots, se renseignent chez les collabos. Ils sont d'autant plus excités qu'ils ont subi des pertes et que le vent tourne. Au lever du jour (où  ont ils dormi?) ils surprennent le 23 juin un groupe de 6 maquisards à la fontaine de la place Saint-Michel , aujourd'hui Joseph Comte, qui attendait sans prudence des camarades de Vallon .  Les 6 "Terroristes" sont conduits au Fort Vauban à Alès. En désespoir de cause les maquisards s'emparent d'une famille de collabos de Saint-Jean-de-Maruejols pour procéder à un échange qui sera refusé.
Barjac est proclamé en état de siège par le capitaine Jacques qui reçoit un renfort venu de l'Ardèche.
 Une voiture allemande est stoppée sur la plaine de Rieu par un tir de mitrailleuse. Un officier est fait prisonnier, un soldat est tué, un autre s'enfuit.
Le 24 juin au soir Jacques est informé des préparatifs allemands venant de Bagnols, de Marseille, de Pont-Saint-Esprit contre le camp d'Orgnac. Il semble que l'attaque préparée contre les résistants a regroupé plus de 400 miliciens et ss.
Le camp décroche à 3 h du matin ; l'assaut à 7h ne trouve personne.
Tous les habitants hommes de Barjac de 18 à 60 ans sont contrôlés en mairie .
Des canons sont installés par les Allemands sur les hauteurs, visant Barjac. Des centaines de miliciens sillonnent Barjac et sont logés à l'école publique, pillent des  maisons , cherchent des résistants   et leur famille....des combats ont lieu dans les taillis du bois de Ronze et la milice cache ses pertes...Les Mariannes de la mairie et de la fontaine sont détruites...La milice évacue Barjac le 29 juin. La résistance sauvera la récolte de blé qui profitera au pays affamé. En juillet et août d'autres événements importants auront lieu aux alentours en particulier à Banne, Pont d'Auzon...


Joseph Comte , né en 1900 capturé le 23 juin 44 sur la place qui porte son nom ,devant la fontaine sera  horriblement torturé au fort Vauban puis transféré à Nîmes où il disparait. Il avait deux enfants Gaby qui participe à la résistance comme messager et apporteur de pain et Jean .  Joseph était témoin de mariage de mes parents en 39. Comme Ferri, il était membre du P.C.F.
La SS de la division Brandebourgeois comptait de nombreux "Français " dans leurs effectifs. Voyous marseillais , crapules alésiennes, le drapeau tricolore agité à tout bout de champ...Leurs héritiers politiques font de même , d'un amour démonstratif qui clame qu'aimer la France c'est détester les autres...
Nos héros et martyrs venaient d'Italie, ,d'Espagne, de Pologne...Ils n'avaient d'autre pays que celui de l'Egalité, la Fraternité, la Liberté...Résister n'était pas  une nouvelle façon de vivre. à eux et leur épouse.  Depuis longtemps, ils résistaient à l'exploitation , à la répression, à l'ignorance, au chacun pour soi , aux manques...Ils avaient soif de savoirs et d'actions quotidiennes pour mieux vivre , avoir du temps...Ils ne savaient pas qu'ils écrivaient de leur sang l'histoire du peuple de France en proie à une épidémie de lâcheté, par l'exemple et par le fait, pour la jeunesse à venir , dont je fus avec ma grande famille dès la Libération. 
J'avais 10 ans quand mon père m'emmena au maquis de la vieille citerne , pour croire me redonner la santé, comme lui 13 ans avant, laissant mère , femme et fils les rejoignit pour  nourrir , se sauver , se battre et se garder libre.
 Les bois me sont sacrés...Je suis entré dans l'action au nom de ce passé et l'enseignement de l'histoire pour la transmission de tout ce qui a façonné mon pays.

Sources  
_Témoignages Ferri, Comte Maria, Bayle Marcel, Pierre Pascal, Achard, Raoul Galateau
_ "Sanglante randonnée "de Olivier Pigoreau Ed Konfident
_"Terreur en Cévennes" de Aimé Vielzeuf
_"Et l'acier éclata "de Roussel
_ "Histoire d'un maquis anti nazi allemand" en Cévennes" de M.M. Brès
_" Les Imprudents" de Olivier Bertrand 
_ "80 ans ,et alors?" Roland Tauleigne
_ La résistance en Ardèche " Pierre Bonnaud

Commentaires

Anonyme a dit…
L'hommage est enfin rendu à cet homme admirable.
Merci.
Un certain Émile Chaulet faisait partie de la résistance barjacoise et vous honorez tacitement par ce récit ce père admirable dont vous perpétuez les nobles idéaux.
La lutte continue, elle n'a jamais cessé mais bien peu de personnes en ont conscience ...